Tripalium

 

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Bernard Friot propose de pousser la logique de la protection sociale à son terme. Que chacun bénéficie d’un salaire à chaque moment de sa vie, qu’il soit en formation, en production, ou à la retraite, pour couvrir ses besoins : c’est le salaire à vie.

Mais contrairement à Bernard Friot, je pense qu’un chômeur ou un retraité ne travaille pas, même si il est très actif dans sa vie, et même s’il perçoit un salaire.

Le marxisme, le libéralisme, font du travail la source de la valeur. Pour moi ces concepts sont inutilisables. Je n’ai jamais vu de calcul qui détermine la juste « valeur » pour un produit, jamais un seul exemple. Je ne vois que des prix affichés et négociés entre humains. Au final, on « travaille » pour quoi ?

Je préfère distinguer l’ouvrage et l’oeuvre du travail, qui n’ont pas la même origine.

Travail (« tourment, souffrance ») (XIIe siècle), du latin tripalium (« instrument de torture à trois poutres »).

Oeuvre (XIIe siècle) De l’ancien français tardif uevre, primitivement ovre, qui remonte au latin ŏpĕra (pluriel de opus « œuvre »), employé au féminin singulier dès le latin pré-classique (Plaute) au sens de « activité, travail ».

Les chansons des Rolling Stones, du vaccin contre la rage de Pasteur, du château de Versailles, ou plus modestement celui qui embellit sa maison … Ce sont des oeuvres, qui chacune marque à sa façon l’histoire humaine.

Leurs auteurs n’ont pas été soumis au tripalium pour les créer. Leur but n’était pas de créer avant tout de la valeur marchande.

Comme le propose Bernard Friot, rétribuer chacun pendant toute sa vie, c’est lui permettre de recommencer chaque jour sa part dans l’histoire humaine, en garantissant par la protection sociale ce que réclame le corps chaque jour : un toit, la santé, de la nourriture. Parmi les oeuvres crées par la suite, certaines auront une valeur marchande et créeront un transfert de monnaie, mais pas toutes.

C’est permettre à Michael Jagger et Keith Richards d’avoir le temps de se rencontrer, de se parler, et de créer des choses, c’est un préalable avant de produire de la valeur marchande. Et de ne pas gâcher leur créativité dans le tripalium.

C’est ouvrir le chapitre de l’Histoire où l’homme n’aura plus à accomplir des actes qu’il réprouve, à perdre son temps, à priver l’Humanité de son plus grand talent.

Le travail, c’est le tripalium. Une femme qui accouche « travaille », une douleur « travaille » le corps, un tortionnaire « travaille » sa victime, un maître fait « travailler » son esclave. Le « travail » se charge de la sueur qui doit être produite pour gagner son pain. Du point de vue linguistique, les activités, amusantes, épanouissantes, non fatigantes, non pénibles, et non rémunérées, ne sont pas du travail. Au XIXe siècle, pour les ouvriers qui peinaient, un vendeur dans sa boutique ne travaillait pas. Qui ne travaille pas, « oeuvre » néanmoins pour l’évolution de sa communauté.

Le parent transmet la langue, l’artiste forme l’imaginaire, indispensables à l’échange en société, et donc aux relations économiques. Chaque membre d’une société est indispensable, par définition, puisqu’il existe pour les autres, dans la genèse de l’Humanité.

Le « travail » est le tripalium, un outil d’exploitation particulier dans l’Histoire, qui a été permis par une utilisation particulière de la monnaie. En Hollande, des personnes mettaient en commun leur monnaie en excédent, faisaient fabriquer un bateau, et espèraient récolter ultérieurement plus de monnaie que la mise initiale, ceci en exploitant au passage la nature humaine et en détruisant des vies et la nature. C’est le capitalisme.

Laissons donc le « travail », le tripalium au mode de production capitaliste, à la plantation d’esclaves. Laissons leur la monnaie telle qu’ils la veulent, avec sa rareté, son mode de création particulier.

Nous ne voulons pas travailler, nous voulons oeuvrer, vivre, profiter et échanger. Nous allons pour cela nous doter de l’instrument monétaire qui nous permette d’échapper au tripalium.  Ce ne sera plus la monnaie qui compense la souffrance du tripalium, c’est autre chose. Ca pourrait être la monnaie libre.

 

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