Mai 68, la guerre du Viêt-Nam et la fin de Bretton-Woods

Mai 68 a sans doute été la plus grande grève du XXe siècle. D’après la CGT, voici ce qui fut obtenu en termes de revenus pour les travailleurs :

- Augmentation du Smig de 35% et de 56% pour les salariés agricoles.
- Augmentation générale des salaire de 10% en moyenne.

Cette époque correspond aussi à la guerre du Viêt-Nam : l’industrie d’armement des Etats-Unis d’Amérique du Nord fonctionne à plein régime et bénéficie de revenus très importants de la part de l’Etat. Celui-ci s’endette de façon importante par un mécanisme de « dette mutuelle en miroir » (ce sont mes termes), initié en 1694 par Guillaume d’Orange et la Banque d’Angleterre. Ce mécanisme est désormais bien connu car il est à la base de la monnaie moderne, de façon quasiment universelle.

Un billet d’un dollar supplémentaire mis en circulation par la « Fed » correspond en gros à un bon du trésor de un dollar supplémentaire émis par l’Etat, également échangeable sur un marché spécial. La monnaie est donc créée deux fois, à partir du seul engagement du Trésor américain à rembourser un jour. Le seul garde-fou à cette époque est l’étalon-or.

Avant la décision de Richard Nixon du 15 août 1971, le système financier mondial est toujours régi par les accords de Bretton-Woods, où le taux de change du dollar est défini par rapport à l’or (35 dollars l’once). Les autres monnaies ont à leur tour un taux de change fixé par rapport au dollar.

En voyant les Etats-Unis en pleine guerre s’endetter au-delà de ce que permet raisonnablement ce garde-fou, certaines nations perdent confiance dans la capacité des Etats-Unis à éviter la banqueroute. De Gaulle demande en 1967 aux Etats-Unis de l’or en barre en échange de ses dollars papier, et envoie un croiseur dans le port de New-York pour récupérer les lingots de la France.

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« Le fait que de nombreux États acceptent, par principe, des dollars au même titre que de l’or pour compenser, le cas échéant, les déficits que présente, à leur profit, la balance américaine des paiements, amène les États-Unis à s’endetter gratuitement vis-à-vis de l’étranger. En effet, ce qu’ils lui doivent, ils le lui paient, tout au moins en partie, avec des dollars qu’il ne tient qu’à eux d’émettre, au lieu de les leur payer totalement avec de l’or, dont la valeur est réelle, qu’on ne possède que pour l’avoir gagné et qu’on ne peut transférer à d’autres sans risque et sans sacrifice. (…)

Étant donné la secousse universelle qu’une crise survenant dans ce domaine entraînerait probablement, nous avons en effet toutes raisons de souhaiter que soient pris, à temps, les moyens de l’éviter. Nous tenons donc pour nécessaire que les échanges internationaux s’établissent, comme c’était le cas avant les grands malheurs du monde, sur une base monétaire indiscutable et qui ne porte la marque d’aucun pays en particulier.

Quelle base ? En vérité, on ne voit pas qu’à cet égard il puisse y avoir de critère, d’étalon, autres que l’or. Eh ! oui, l’or, qui ne change pas de nature, qui se met, indifféremment, en barres, en lingots ou en pièces, qui n’a pas de nationalité, qui est tenu, éternellement et universellement, comme la valeur inaltérable et fiduciaire par excellence. »

C’était en 1965-1967. Arrive mai 1968, et les revendications des travailleurs français. Peu avant la décision de 1971. L’enchaînement historique d’évènements a priori sans relation, semble toutefois implacable.

Une augmentation de 10% a du sens dans ce système d’étalon-or, car c’est 10% en plus payables en or. Mais ce surcroît peut perdre facilement sa valeur dans un système pilotable par les « forces de l’argent » où la monnaie est seulement de papier. De fait, après 1971, les Etats-Unis et les autres nations vont continuer massivement l’expansion de la masse monétaire, sans aucune limite que la bonne volonté des hommes à s’endetter davantage chaque année. On en voit les limites aujourd’hui, où des crises importantes peuvent apparaître du jour au lendemain.

Les 10% obtenus par les travailleurs en 1968 furent alors rapidement annihilés par l’augmentation de la masse monétaire totale après 1971, si on raisonne de façon relative. De Gaulle avait fini par quitter le pouvoir un an auparavant, laissant la direction de la France à un grand banquier d’une éminente institution. L’Histoire semble parler d’elle-même.

Aujourd’hui, le montant total de la monnaie en circulation, la façon dont cette somme évolue, et qui pilote ce système, est largement ignoré par le mouvement ouvrier, alors que cette information est fondamentale pour comprendre les rapports de pouvoir entre le travail et le capital.

Il y aurait même un consensus entre syndicats et patronat sur le pilotage par un indice des prix, qu’on appelle alors « inflation ». L’ouvrier constate que son salaire lui permet d’acheter toujours la même subsistance et s’en satisfait peu ou prou, il voit son « pouvoir d’achat ».

L’ouvrier ne voit pas qu’avec le progrès technique, comme Marx et Engels l’avait expliqué, les prix exprimés en heures de travail baissent tendanciellement. Ils n’y a pas de raison d’accepter qu’ils augmentent en permanence, en régime concurrentiel.

L’ouvrier ne voit pas qu’il perd de son pouvoir vis-à-vis du capital. Bien que son salaire augmente, il ne le fait pas aussi vite que la masse monétaire totale.

Toute augmentation de salaire au profit de la classe ouvrière, pour être honnête, doit être exprimée relativement à l’augmentation de la masse monétaire totale en circulation. Mai 68 était finalement une victoire à la Pyrrhus, et la CGT ne semble toujours pas en avoir conscience.

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